Barfleur : une vision picturale d’un port

La série de tableau de Barfleur en 2025, une évidence

En 2025, Barfleur s’impose dans mon travail pour une raison simple. Deux expositions prennent place dans ce village durant l’été. L’idée surgit rapidement. Si j’expose dans un lieu, autant produire une série en dialogue avec cet endroit. Cette logique guide souvent mes choix. Un territoire, une lumière, quelques jours passés sur place, puis un travail qui se construit autour de ces impressions.

Cette série naît aussi d’une rencontre. Cécile Berneron m’ouvre sa porte et m’accueille pendant l’exposition. Grâce à cette invitation, je passe du temps dans le village. Je marche dans les rues, je longe le port, je regarde les variations de lumière sur les façades et sur l’eau. Ce temps sur place nourrit la série. Il donne une épaisseur au projet. Le travail ne repose plus uniquement sur un passage rapide ou sur un souvenir vague.

Une autre dimension intervient aussi. La présence d’une exposition crée une échéance. Une date s’inscrit dans le calendrier. Cette contrainte agit comme un moteur. Je connais la date à laquelle les tableaux doivent prendre place sur les murs. Cette perspective pousse à avancer. Elle transforme une idée en projet concret.

La série Barfleur constitue aussi la dernière série terminée en 2025. D’autres projets commencent ensuite. Certains prennent forme, d’autres restent en suspens pour diverses raisons. Pourtant ce cycle autour de Barfleur atteint son terme. Les neuf tableaux trouvent leur place. Cette finalisation compte beaucoup pour moi.

Ce travail marque donc un moment précis. Une exposition, un village, quelques semaines de production. L’ensemble forme une série compacte qui garde la trace d’un séjour, d’une lumière particulière et d’un moment dans mon parcours.

Les peintures de Barfleur se préparent en photographie

Le travail commence toujours par la photographie. Avant de dessiner ou de peindre, je marche dans le lieu avec un appareil photo. Cette étape constitue une réserve d’images. Elle donne la matière nécessaire pour revenir ensuite au paysage.

Je ne travaille pas directement sur place avec l’iPad. La lumière du soleil empêche de voir correctement l’écran. Sans protection, la surface devient illisible. Il faudrait presque une petite cabine, un abri comme celui utilisé par certains photographes animaliers qui attendent le passage d’un oiseau ou d’un renard. L’idée amuse parfois, mais dans la pratique je préfère capturer les images puis rentrer travailler plus tard.

Ces photographies ne servent pas de modèle strict. Elles jouent plutôt le rôle d’un point d’appui. Mon regard s’y replonge pour retrouver les volumes, les lignes du port, la direction de la lumière. À partir de là, l’interprétation commence. Je recadre souvent les images. L’iPad permet de zoomer, de déplacer le cadre, d’isoler une portion du paysage. Ce geste ressemble à un rapprochement physique. Comme si je collais mon regard contre une partie de la scène. Le cadrage final naît souvent de cette manipulation.

La photographie lance donc le processus. Elle propose un point de départ. Mais très vite, le travail pictural prend une autre direction. Le trait transforme ce qui se trouvait dans l’image. Les formes se simplifient ou se déplacent. Le cerveau réinterprète ce qu’il voit.

Au final, la photo sert surtout à réactiver la mémoire du lieu. Elle rappelle la lumière d’un moment précis et permet de replonger dans l’ambiance du port de Barfleur.

De la photographie au tableau

Une fois la photographie choisie et recadrée, le travail pictural commence réellement. La première étape consiste à poser un fond. J’utilise de grands aplats de couleur. Cette base recouvre toute la surface pour éviter la présence du blanc.

Ce fond joue un rôle essentiel. Il installe les masses principales. La mer, le ciel, les bâtiments ou les rochers prennent déjà place dans la composition. Même si les couleurs restent approximatives, la structure du tableau apparaît rapidement. Certains peintres utilisent parfois une couleur neutre pour préparer la surface. Un gris ou un brun léger par exemple. De mon côté, je préfère placer directement les tonalités principales du paysage. Cette approche permet de comprendre rapidement la direction de l’image.

Une fois cette base posée, le travail du trait commence. Le dessin se construit progressivement par couches successives. Les lignes apparaissent pour structurer les formes. Les maisons, les digues ou les bateaux trouvent leur place dans l’espace.

Je ne cherche pas une reproduction exacte de la photographie. L’image sert plutôt de guide. Elle indique les directions principales, mais le tableau prend sa propre autonomie. Certaines lignes disparaissent. D’autres se simplifient. Le numérique offre aussi une possibilité particulière. La couleur déjà présente sur la surface peut s’étirer, se déplacer, se mélanger. Cette souplesse permet d’avancer rapidement sans préparer de nouveaux mélanges comme dans la peinture traditionnelle.

À partir de cette base, le tableau évolue peu à peu. Les formes se précisent, la lumière s’organise, et la scène commence à respirer.

Le rôle des couleurs dans la série

La couleur joue un rôle central dans la série Barfleur. Au départ, je limite volontairement la palette. Je sélectionne quelques teintes présentes dans la photographie. Cette restriction crée une cohérence entre les tableaux. Lorsque les images apparaissent côte à côte, cette limitation produit un effet visuel particulier. Les tableaux dialoguent entre eux. Les tonalités se répondent. L’ensemble forme un groupe reconnaissable. Dans la pratique, je ne me limite pas totalement. Certaines nuances apparaissent en cours de route. Une zone plus sombre, une lumière plus vive, une variation plus froide ou plus chaude peuvent intervenir. Mais l’essentiel reste proche de la palette initiale.

Le numérique facilite aussi le travail de la couleur. Une teinte déjà présente peut s’étirer ou se diffuser sur la surface. La matière circule plus librement. Ce procédé évite de reconstruire chaque mélange comme dans la peinture classique. Avec le temps, la palette évolue légèrement. Certaines images demandent plus de contraste ou plus de luminosité. Dans ces moments, j’élargis la gamme chromatique. Cette adaptation permet d’obtenir des vibrations plus fortes dans la composition.

Malgré ces ajustements, l’ensemble garde une unité. Les couleurs restent proches de celles observées sur place. Elles traduisent une atmosphère particulière du village, celle d’un moment précis capturé par la photographie puis transformé par la peinture.

Les changement de direction artistiques

Au début de la série, je travaille dans une continuité avec mes habitudes. La technique reste stable. Les couleurs suivent la palette choisie et le traitement du trait reste assez proche de mes séries précédentes.

Puis un moment de bascule apparaît. Un sentiment d’ennui surgit parfois lorsque la répétition devient trop forte. Reproduire la même méthode tableau après tableau finit par réduire l’intérêt du processus. À ce moment-là, une envie d’exploration revient. Je cherche une variation. Je modifie la manière de poser la couleur. Les touches deviennent plus larges, parfois plus floues. Certaines images gagnent en matière.

Cette évolution provient aussi de certaines photographies. Mon appareil photo montrait des signes de fatigue. L’objectif fonctionnait mal. Les réglages devenaient compliqués. Les images prises sur place présentaient parfois un léger flou.

Au lieu de corriger ce défaut, je décide de l’accepter. Cette imprécision influence alors la peinture. Les formes se simplifient. Les contours se relâchent. Le résultat s’éloigne d’une représentation trop précise. La série commence donc à présenter deux directions. Certains tableaux restent proches de la méthode initiale. D’autres explorent une écriture plus libre.

Cette rupture rend la série plus vivante. Elle introduit un contraste interne. Chaque tableau conserve sa personnalité tout en participant à l’ensemble.

La place des motifs de Barfleur dans mes tableaux

Plusieurs motifs du village apparaissent dans la série. L’église de Barfleur constitue le point de repère principal. Sa silhouette domine le paysage. Elle sert d’ancrage visuel dans plusieurs tableaux. Ce bâtiment se distingue facilement dans le village. Sa présence permet d’équilibrer les compositions. Elle structure l’espace et aide le regard à se situer dans l’image. D’autres vues montrent le port ou certaines digues. Ces endroits correspondent souvent aux points de vue les plus connus. Beaucoup de visiteurs s’arrêtent à ces lieux pour observer le paysage.

Cependant, certains tableaux explorent des angles moins habituels. Une vue se tourne vers le phare de Gatteville. Cette direction surprend parfois. Le sujet principal reste Barfleur, mais le regard se déplace vers l’extérieur du port. Ce choix apporte une variation dans la série. Il rappelle que le paysage ne se limite pas à une seule perspective. Le village entretient des relations visuelles avec les territoires qui l’entourent.

Certaines images montrent aussi des zones plus discrètes. Des rochers, un coin de digue ou un endroit proche d’un parking apparaissent dans la composition. Ces lieux passent souvent inaperçus pour les visiteurs.

Pour moi, chaque fragment du paysage possède un intérêt. Une pierre, une ligne d’horizon ou un reflet dans l’eau peuvent devenir un sujet de peinture.

L’eau, un élément presque toujours présent

L’eau apparaît dans presque tous les tableaux de la série. Cette présence n’a rien de calculé. Elle surgit naturellement lorsque je regarde les paysages.

Dans le cas de Barfleur, la mer entoure le village. Elle borde les quais et accompagne presque chaque point de vue. Il devient difficile de l’ignorer. Je ressens aussi une fascination personnelle pour cet élément. Dans beaucoup de mes séries, l’eau revient régulièrement. Elle offre une surface mouvante, capable de capter la lumière et de produire des reflets.

Ces reflets jouent un rôle important dans la composition. Ils prolongent les formes du paysage. Une façade se répète dans l’eau, un bateau se dédouble, une ligne d’horizon se fragmente. Cette duplication crée une vibration visuelle. Les formes se déforment légèrement. La surface de l’eau introduit un mouvement qui transforme l’image.

Dans la série Barfleur, sept tableaux sur neuf contiennent de l’eau. Deux images s’en éloignent complètement. Cette absence produit presque un effet de surprise. La présence de l’eau agit donc comme un fil conducteur. Elle relie les tableaux entre eux et renforce l’atmosphère maritime de l’ensemble.

Une série qui marque un tournant dans mon travail

La série Barfleur représente aussi une étape importante dans mon travail. Elle correspond à un moment où certaines contraintes commencent à disparaître. Auparavant, je limitais souvent la palette à un nombre très réduit de couleurs. Cette règle structurait la composition mais elle imposait aussi une certaine rigidité.

Dans cette série, je commence à élargir ces limites. Les couleurs se rapprochent encore de la palette initiale, mais de nouvelles variations apparaissent. Les contrastes deviennent plus marqués. Le travail du pinceau évolue aussi. Même en numérique, la taille des outils influence la vibration du trait. L’utilisation de pinceaux plus larges modifie le rythme de la peinture.

Cette évolution produit des images plus lumineuses, parfois plus contrastées. Les formes gagnent en liberté. La série Barfleur agit donc comme une frontière dans mon parcours. Elle ouvre un espace d’expérimentation. Certaines images restent proches de mes habitudes. D’autres annoncent déjà des directions nouvelles.

Pour comprendre cette transformation, il faut voir les tableaux réunis. Ensemble, ils racontent un moment précis de recherche et de transition dans mon travail.